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Bilan du programme "Mangues" après 10 ans d'action en Haïti

Bilan du programme

Mercredi, 22 Avril 2015

Après 10 ans d’existence, le projet Mangues, mis en œuvre à Jean Rabel dans le Nord-Ouest d’Haïti, a pris fin en mars 2015. Bilan avec Oriole Montuma, qui était responsable de ce programme.

Depuis combien de temps travailles-tu sur ce projet ?

J’ai commencé à travailler sur ce projet en 2013, cela fait un peu plus de deux ans maintenant. Mais je travaillais déjà pour Initiative Développement depuis 2011 comme agronome responsable d’un programme de lutte contre la malnutrition, sur la diversification de la production vivrière et la maitrise de l’eau. Je connais donc bien l’association et les problèmes rencontrés par la population dans le bas Nord-Ouest.

Peux- tu nous parler du bas Nord-Ouest, le département où ID intervient ?

La population vit essentiellement de l’agriculture, mais les sols sont peu fertiles et les conditions climatiques difficiles (sécheresse chronique, mauvaise répartition des pluies,…). Le bas Nord-Ouest est une zone isolée et enclavée avec un faible développement des infrastructures (irrigation, électricité, routes, accès à l’eau potable,…). Les agriculteurs cultivent le maïs, le haricot, le manioc, l’arachide et la banane. Cette production est l’élément moteur de l’économie jeanrabéloise, mais reste très dépendante de la pluviométrie. La population a souffert de pertes successives de récoltes. La mangue francisque est  mieux adaptée à la zone, et permet de compenser les faiblesses de la production agricole traditionnelle.

Comment ID s’y est prise pour développer et professionnaliser la filière ?

Il faut d’abord mettre en place un peuplement de manguiers. Ensuite, organiser les producteurs, qui ont choisi de s’organiser en coopératives. Les producteurs sont formés sur le plan technique (mise en place du verger, entretien…), mais aussi sur le plan organisationnel (comptabilité, gestion, plan d’affaire,…). Enfin, il faut développer la commercialisation de la mangue et diversifier la production (avocatier, citronnier, cocotier). Il est important de s’appuyer sur des structures existantes, avec des dirigeants qui ont un intérêt pour un réel développement de la filière au profit des producteurs.

A qui sont vendues les mangues ?

Trois types de marchés sont ciblés : local, national et international. Au niveau local, les mangues fraiches sont vendues d’abord aux consommateurs dans la commune de Jean Rabel, puis la vente s’élargit aux villes voisines. La Fédération des Coopératives Agricoles de Jean Rabel a signé un contrat de vente à l’export vers les Etats-Unis, qui a permis d’écouler des mangues sur le marché international depuis 2012. Les mangues qui ne correspondent pas aux standards pour l’exportation sont occasionnellement commercialisées sur le marché de Port-au-Prince, la capitale. Il existe également des circuits de transport maritime pour le marché caribéen plus accessible que le marché nord-américain, c’est un marché qui est encore à explorer.

Comment le projet a évolué en 10 ans ?

Le programme a évolué positivement. Le peuplement de manguier francisque a augmenté d’année en année (plus de 200 000 actuellement). Les producteurs ont progressivement changé de comportement, ils utilisent des techniques plus efficaces, et le taux de rejet est ainsi passé de 60% à 18%. Cependant, les potentiels de production de mangues et de leur commercialisation restent sous-exploités.

Quel est le bilan chiffré de ce projet, après 10 ans d’existence ?

- Plus de 200 000 manguiers francisques plantés, 8 387 cocotiers, 6 801 avocatiers et 3 429 citronniers.

- Organisation des producteurs en 6 coopératives, et création d’une Fédération des Coopératives Agricoles de Jean Rabel (FEKAJ).

- Plus de 10 000 producteurs de mangues formés sur le plan technique (mise en place de verger, entretien, greffage) dont 30 % de femmes.

- 1 141 personnes formées en renforcement organisationnel (animation, comptabilité et gestion, plan d’affaire…).

- Environ 15 000 douzaines de mangues commercialisées dont 857 douzaines sur le marché à l’export.

Quels constats et quelles perspectives pour la filière Mangues ?

Le maintien de la filière dépend maintenant des organisations locales et en particulier du dynamisme des coopératives. Il existe des opportunités non négligeables pour la prise en main de la filière. Le peuplement de manguiers est suffisant pour assurer la production, et les producteurs ont développé un réel engouement pour la mangue francisque. Mais le manque d’infrastructures (notamment routières) gêne le développement de la commercialisation vers Port-au-Prince, qui présente un potentiel important d’écoulement des produits. Les perspectives dépendront également de l’appui du ministère de l’agriculture, de la recherche de débouchés pour la transformation de la mangue (liqueurs, mangue séchée…), ou encore de l’accès au crédit.

Quels sont les impacts du projet sur le développement de la zone du Bas Nord-Ouest après 10 ans d’existence ?

Le projet a renforcé la sécurité alimentaire, avec  plus de fruits disponibles pour la consommation locale. Sur le développement économique et social du bas Nord-Ouest, cela a contribué à améliorer le revenu des producteurs : les producteurs vendent leurs mangues sur les différents marchés (local-régional-national-international) et s’arrangent à exploiter cette possibilité chaque année de la façon la plus efficace possible. La filière créé des emplois temporaires chaque année pour les cueilleurs-laveurs-attrapeurs-sélectionneurs, les « madam sara » (commerçantes), les détaillants et aussi pour les transporteurs. Sur le plan environnemental, la couverture végétale de la zone a augmenté considérablement. Les producteurs ont pris conscience des méfaits des mauvaises pratiques agricoles et de la coupe abusive des arbres sur l’environnement.

 

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