Sembé : quand les populations autochtones prennent collectivement la parole

À l'occasion de la Journée internationale des peuples autochtones, 25 personnes se sont réunies au Congo pour partager leurs expériences et construire ensemble des réponses aux défis qu'elles rencontrent.

Le 9 août est une date symbolique. Chaque année, elle célèbre les peuples autochtones du monde entier, ces communautés souvent invisibilisées mais porteuses de savoirs ancestraux et d'une relation unique à la nature. À Sembé, dans le nord du Congo, cette journée a pris une dimension particulière : 25 personnes autochtones issues des programmes Nguenguissa et CIBEL se sont rassemblées pour deux jours d'échanges intenses.

Pourquoi cette rencontre ?

Au Congo, les populations autochtones et les communautés locales vivent dans une précarité marquée par un accès limité à leurs droits fondamentaux et aux services sociaux de base. Santé, éducation, citoyenneté : autant de domaines où les obstacles restent nombreux. Face à ce constat, Initiative Développement accompagne depuis plusieurs années ces communautés à travers une approche particulière : l'AOC-MS (Approche Orientée Changement appliquée à la Mobilisation Sociale).

Concrètement, cette méthode permet de stimuler et d'accompagner sur la durée des dynamiques de changement portées par les populations elles-mêmes. Plutôt que d'imposer des solutions venues d'ailleurs,l'AOC-MS part du principe que les personnes concernées sont les mieux placées pour identifier leurs besoins et construire des réponses adaptées à leurs réalités. Les projets Nguenguissa et CIBEL s'inscrivent pleinement dans cette logique : renforcer le pouvoir d'agir des populations et promouvoir une gouvernance plus inclusive des ressources naturelles.

Des échanges qui créent du lien

Pendant deux jours, les participant·es ont pu croiser leurs expériences. Certain·es venaient d'Enyellé, d'autres de l'axe Sembé-Ngbala. Les réalités peuvent différer d'un territoire à l'autre, mais les défis se rejoignent souvent : comment faire respecter ses droits ? Comment améliorer la cohabitation entre populations autochtones et communautés locales ? Comment gérer durablement les ressources ?

La culture comme vecteur d'affirmation

Au-delà des discussions, la rencontre a aussi fait la part belle aux temps culturels. Films, danses, musiques : autant de moments pour valoriser les identités et les savoirs autochtones, souvent marginalisés voir méprisés

Des droits à faire vivre

La journée du 9 août a été consacrée aux droits des populations autochtones, avec un focus particulier sur la loi n°05-2011 en République du Congo. Cette loi est censée garantir l'accès à la citoyenneté, protéger l'environnement et assurer le respect des droits fondamentaux des peuples autochtones. Sur le papier, c'est un progrès. Dans les faits, son application reste inégale et de nombreux obstacles subsistent.

Connaître ses droits, c'est déjà un premier pas vers leur exercice effectif. Mais ce n'est pas suffisant. Il faut aussi des espaces où les populations autochtones peuvent se rencontrer, partager leurs stratégies, s'entraider. C'est tout l'enjeu de rencontres comme celle de Sembé : créer des occasions pour que ces voix, trop souvent isolées, puissent résonner gagner en force.

Un engagement au long cours

Cette rencontre s'inscrit dans la continuité du travail mené par Initiative Développement au Congo depuis plusieurs années. L'ONG a récemment franchi le cap symbolique du million d'euros d'activité dans le pays, signe d'un engagement qui se renforce. Avec trois programmes sur cinq concentrés dans le nord du pays, l'association accompagne les communautés dans leurs dynamiques de changement, en misant sur leur capacité à construire leurs propres solutions.

Car au fond, c'est bien de cela qu'il s'agit : reconnaître que les populations autochtones ne sont pas des bénéficiaires passifs d'aide extérieure, mais des acteurs et actrices de leur propre développement. Des acteurs qui ont besoin d'espaces pour se rencontrer, pour partager, pour porter collectivement leurs voix. À Sembé, pendant deux jours, cet espace a existé. Et il a montré tout son potentiel.

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