Le budget de la mission « Aide publique au développement », principal levier de la solidarité internationale de la France, tomberait à 3,2 milliards d'euros en 2027. C'est 400 millions de moins qu'en 2026, soit une baisse de 11 % (Focus 2030).
Le chiffre le plus inquiétant est ailleurs. Les autorisations d'engagement, c'est-à-dire les moyens que l'État peut engager pour lancer de nouvelles actions, passent de 4,33 à 2,47 milliards d'euros : 1,9 milliard en moins, soit −43 % en un an (UNICEF France, Coordination SUD). Ce qui n'est pas engagé en 2027 ne sera pas mis en œuvre en 2028, 2029 ou 2030.
Deux notions pour lire ce budget. Les crédits de paiement sont les sommes réellement versées dans l'année ; les autorisations d'engagement fixent ce que l'État peut s'engager à financer, souvent sur plusieurs années. Par ailleurs, la mission budgétaire « Aide publique au développement » n'est qu'une partie de l'effort total que la France déclare à l'OCDE : celui-ci inclut aussi, par exemple, l'accueil des personnes réfugiées, des bourses d'études ou la contribution au budget européen.
Depuis février 2024, le budget de l'aide publique au développement a été réduit six fois : un décret d'annulation de 742 millions d'euros en février 2024, la loi de finances 2025, un nouveau décret de 134 millions en avril 2025, la loi de finances 2026, une annulation de 21 millions en juin 2026, et désormais le projet de budget 2027. Entre les lois de finances 2024 et 2025 déjà, le Sénat chiffrait la baisse à 28 % pour les engagements et 35 % pour les paiements, à périmètre constant.
Au total, plus de 3,5 milliards d'euros ont disparu depuis 2024 : plus de la moitié du budget. Cette politique pèse moins de 1 % des dépenses de l'État, mais elle a porté 8 % des coupes budgétaires en 2026, selon Coordination SUD, et encore environ 8 % des baisses prévues pour 2027, selon Focus 2030.
C'est aussi une promesse qui s'éloigne. En 2021, le Parlement adoptait une loi de programmation qui fixait le cap de 0,7 % du revenu national brut consacré à la solidarité internationale. En 2025, selon l'OCDE, la France en était à 0,42 %, contre 0,48 % un an plus tôt.
Pourquoi ces coupes visent-elles particulièrement la solidarité internationale, et en son sein les organisations de la société civile ? Un document éclaire ces arbitrages.
Le 24 juillet 2026, l'Inspection générale des finances (IGF) a publié un rapport sur l'aide publique au développement, réalisé en 2025 avec l'Inspection générale des affaires étrangères à la demande du Premier ministre, et resté confidentiel pendant un an. Il proposait trois scénarios pour le budget 2026 : la stabilité, une baisse de 600 millions d'euros, ou une baisse de 1,3 milliard d'engagements.
Le rapport recommande notamment de réduire, voire de supprimer, le dispositif de l'Agence française de développement (AFD) qui cofinance les projets portés par les ONG. Même dans le scénario de stabilité, à budget total inchangé, les engagements de ce fonds passaient de 117 à 59 millions d'euros : divisés par deux. Dans le scénario le plus dur, ils tombaient à zéro. Ces choix ne relèvent donc pas seulement de l'économie : ils redessinent la place faite à la société civile.
Selon l'analyse qu'en fait Coordination SUD, le rapport évalue l'aide d'abord à l'aune des intérêts de la France, qu'ils soient économiques, politiques, sécuritaires ou migratoires. Il n'examine ni l'eau et l'assainissement, ni le climat, ni les droits humains, ni l'égalité de genre, ni la protection sociale. Il reconnaît pourtant lui-même des effets positifs de l'aide sur la santé, l'éducation, l'action humanitaire et la réduction des inégalités. Et il met en doute l'utilité de financer l'éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale, ce travail mené en France, notamment auprès des jeunes.
Le gouvernement ne cache pas cette logique. Pour défendre les coupes de 2026 devant le Sénat, la ministre des Comptes publics invoquait « une revue de dépenses » (Localtis). Selon Coordination SUD, la circulaire du Premier ministre du 16 juin 2026, qui lance une « revue stratégique » de l'aide au développement, cite ce rapport. Pour la coordination, il ne s'agit plus de « simples économies budgétaires », mais d'un « abandon politique ».
L'étude de Coordination SUD, « La solidarité internationale en péril », repose sur une enquête menée auprès de 72 ONG, qui représentaient 1,76 milliard d'euros de ressources en 2024 ; ses résultats sont extrapolés à l'ensemble du secteur. Elle dessine une crise sans précédent :
Les ressources du secteur passeraient de 3,1 milliards d'euros en 2024 à 2,4 milliards en 2027, une baisse de 24 %. Pour tenir, 68 % des ONG ont gelé leurs recrutements et 44 % ont engagé ou envisagent des licenciements. Après le choc des coupes américaines début 2025, ce sont désormais les réductions françaises et européennes qui frappent : les ONG de développement financées notamment par l'AFD sont, selon l'étude, « frappées de plein fouet ».
« Ces coupes nous conduisent à nous retirer progressivement d'Afrique de l'Ouest. C'est pourtant une région où nous avons des partenariats historiques très forts, certains depuis plus de 30 ans. » — Carole Coupez, Solidarité Laïque, citée dans l'étude de Coordination SUD
Derrière ces chiffres, ce sont des centres de santé, des réseaux d'eau, des écoles et des organisations locales qui perdent leurs moyens d'agir. Et des partenariats construits sur des décennies qui se défont : une fois un bureau fermé, la confiance et l'expertise ne se reconstruisent pas d'un trait de plume.
Les conséquences se mesurent aussi en vies. Selon une modélisation de l'institut de recherche ISGlobal (Barcelone), publiée en mai 2026, les coupes françaises pourraient être associées à 3,5 millions de décès supplémentaires dans le monde d'ici 2030. À l'échelle mondiale, une étude du même institut, publiée dans la revue The Lancet Global Health, projette jusqu'à 22,6 millions de décès supplémentaires d'ici 2030 dans 93 pays dans le scénario le plus sévère, dont 5,4 millions d'enfants de moins de 5 ans.
Ces chiffres sont des projections statistiques, pas des décomptes : ils comparent l'avenir avec et sans coupes, à partir des liens observés entre financements et mortalité. Leurs hypothèses peuvent se discuter. Leur ordre de grandeur, lui, devrait suffire à suspendre toute nouvelle coupe.
La France n'est pas seule. En 2025, l'aide publique au développement mondiale a chuté de 23,1 %, à 174,3 milliards de dollars : la plus forte baisse jamais enregistrée par l'OCDE. Cinq pays concentrent 96 % de ce recul : les États-Unis, l'Allemagne, la France, le Royaume-Uni et le Japon. La France, elle, a réduit son aide de 10,9 %.
Ce contexte n'excuse rien : il rend chaque désengagement plus lourd. Quand les États-Unis démantèlent leur agence de développement, le retrait des autres pays donateurs prive des millions de personnes de solutions de repli. Pour Coordination SUD, après l'onde de choc américaine de 2025, le principal responsable de la crise des ONG françaises est désormais le gouvernement français lui-même.
Basée à Poitiers depuis 1994, Initiative Développement est la première ONG de solidarité internationale de Nouvelle-Aquitaine. Nous agissons avec plus de 100 partenaires au Bénin, au Burundi, aux Comores, au Congo, au Gabon, en Haïti, à Madagascar, au Sénégal, au Tchad et en France. Comme 93 % des ONG françaises, nous vivons ces coupes.
Le rapport de l'IGF n'a examiné ni l'eau et l'assainissement, ni le climat : ce sont précisément deux de nos domaines d'action. Il met en doute l'éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale : c'est ce que nous faisons ici, avec les jeunes de Nouvelle-Aquitaine.
Pour tenir, nous diversifions nos financements : fonds européens, collectivités territoriales, agences de l'eau, fonds multilatéraux. Mais aucune de ces ressources ne remplace une politique publique de solidarité. C'est aussi pour cela que votre soutien compte.
Alors que l'ensemble du secteur associatif est irrémédiablement impacté par les arbitrages budgétaires d'un gouvernement qui détricote méthodiquement tous les espaces de solidarité et de cohésion sociale, notre réponse doit être rapide et collective. Nos associations ne peuvent pas disparaître dans le silence.
Le projet de loi de finances est en cours d'examen au Parlement, qui doit l'adopter d'ici la fin décembre. Il est encore temps d'agir.
Un modèle de message à vos parlementaires « Madame la députée, Monsieur le député, le projet de budget 2027 réduit pour la sixième fois l'aide publique au développement, dont −43 % pour engager de nouvelles actions. Habitante ou habitant de [commune], je vous demande de défendre ces crédits lors de l'examen de la mission « Aide publique au développement ». » Pour le Sénat : « Madame la sénatrice, Monsieur le sénateur ».
À titre personnel. Un don à Initiative Développement ouvre droit à une réduction d'impôt de 66 % de son montant, dans la limite de 20 % de votre revenu imposable : un don de 100 € vous revient à 34 €. Le don mensuel nous donne de la visibilité quand les financements publics n'en donnent plus.
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56 % des Françaises et des Français souhaitent maintenir ou augmenter l'aide publique au développement (Development Engagement Lab, juin 2026, via Focus 2030). Faisons-le entendre.
Chiffres à jour au 6 octobre 2026. Les montants 2027 sont ceux du projet de budget, susceptibles d'évoluer au Parlement.

31.08.2026