Des effets délétères de la Covid 19

Au-delà des effets sur nos programmes, ce sont les populations et les économies des pays qui subissent de plein fouet cette crise avec des restrictions d’activités très importantes. La question alimentaire est devenue préoccupante dans certains territoires. Cette situation difficile est encore plus prégnante pour les femmes, qui se sont retrouvées en première ligne, étant socialement chargées des corvées d’eau, de préparation des repas et des allers et venues sur les marchés. Et, dans certains pays, comme Haïti, cette crise se surajoute à la crise générale que vit le pays depuis plus de 2 ans ; accroissant d’autant plus la méfiance de la population envers les dirigeants. Partout, la fermeture des marchés, des services d’état civil et des lieux de vie socio-économiques fait aussi craindre pour les collectivités de fortes pertes de recettes. Le Programme PAGLI, à Madagascar, indique que certaines communes ont connu jusqu’à 50% de perte de recettes fiscales sur les premières semaines du confinement total de la Région Itasy [1], ce qui crée par conséquent des inquiétudes pour le fonctionnement des communes et leur autonomie financière.

Un ralentissement temporaire de nos programmes

Nos programmes mettent l’accent sur la concertation, la participation et l’éducation citoyenne. De  nombreuses activités étant publiques (dialogue, d’information et de sensibilisation) elles réunissent un grand nombre de personnes. La COVID est venu freiner ces dynamiques, bien enclenchées ; les autorités nationales et locales des territoires d’intervention témoignant d’une grande réactivité dans la mise en place de mesures barrières et d’une limitation des clusters possibles de contamination. Conformément aux règles imposées par les Etats, nos équipes et partenaires ont procédé à la suspension des déplacements sur le terrain, des animations grands publics, des réunions de concertation, des audiences publiques de reddition des comptes…Conscients des effets à courts et moyens termes, les équipes se sont adaptées, ont accompagné partenaires et bénéficiaires dans la prise de certaines initiatives, et ont repensé les modes de faire.

Des « adaptations » réalisées pour accompagner nos bénéficiaires

Les équipes ont su très vite s’adapter. En télétravail ou travaillant depuis le bureau sur autorisation, messageries instantanées, téléphones et plateformes de visio-conférence à la rescousse, leur ont permis de garder le contact régulier avec les autorités locales, cadres de concertation et organisations de la société civile accompagné.e.s. Au Congo, par exemple, l’équipe d’ECODEL a modifié l’organisation initiale des journées de formation en divisant en petits groupes les personnes participantes, respectant ainsi la contrainte du nombre maximum de personnes rassemblées. Au Tchad, le programme Kommnand3 s’est appuyé sur la radio pour réaliser une émission interactive sur la fiscalité locale. Des actions de sensibilisation aux gestes barrières ont été déployées, telles que, dans le Haut Nord-Ouest en Haïti en lien avec le programme santé, ou dans la Région Itasy à Madagascar à la demande des communes appuyées, via les radios et les crieurs publics ou avec les outils proposés par l’Etat et d’autres partenaires. Dans le cas du Programme d’Appui à la Gouvernance Décentralisée (PADODE) mené dans le Grand Sud d’Haïti, le programme lui-même a  été adapté : le renforcement aux communes s’inscrivant dans les objectifs du programme, des actions spécifiques à la gestion de la crise ont été ajoutées (cf.article).

La COVID, effets loupe sur la décentralisation et effets pervers…

Cette période a mis en évidence la fragilité des processus de décentralisation dans nos pays d’intervention. L’articulation entre le niveau central, d’où partent les directives, et les collectivités, qui n’ont pas toujours les moyens d’agir, est d’autant plus cruciale. Ainsi, certains fonds dédiés au développement local ont été réorientés par les Etats au détriment de programmes de fonds et d’actions de long terme. Enfin, l’enjeu du renforcement de la capacité d’agir des acteurs locaux s’est révélé essentiel de par leur facilité à informer et à sensibiliser très efficacement les habitant.e.s. En effet, les actions locales menées par les acteurs présents ont été essentielles sur les territoires ! Associations de femmes, groupements d’agriculteurs, volontaires pour la prévention… ont révélé leur mobilisation et leur engagement au service du collectif, du bien commun. Des élans de solidarité à encourager et accompagner !

 

[1] https://groupe-initiatives.org/Les-effets-de-la-pandemie-COVID-19-a-Madagascar-et-des-mesures-de-controle-des