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Toutes à l'école ! Retour sur le projet de maintien des filles à l'école à Moundou

Toutes à l'école ! Retour sur le projet de maintien des filles à l'école à Moundou

Vendredi, 08 Mars 2019

Camille trombert a été responsable du projet « Kos Guel Nde Ndo » durant plus de 2 ans. Le cœur de ce projet : lutter contre la déscolarisation précoce des filles dans 21 écoles à Moundou. Elle témoigne des changements concrets auxquels elle a assisté durant cette période.

Quelle était la situation lorsque tu es arrivée à Moundou ?

Dans cette zone très rurale, envoyer ses enfants à l’école est un vrai challenge pour les parents. Dans la plupart des écoles, il n’existe pas de salle de classe, juste des hangars, les enseignants y sont peu formés et enclins à valoriser davantage les garçons au détriment des filles et les parents d’élèves se sentent peu investis dans la scolarisation des enfants. Plus globalement, les écoles sont très masculines : peu de professeurs femmes 17 sur 130, des associations de parents d’élèves constitués majoritairement d’hommes, et donc des difficultés pour les femmes et les petites filles à s’investir dans les affaires de l’école. L’école avait tendance à reproduire les inégalités de genre que vivaient les femmes dans la sphère domestique. Pourtant, les femmes étaient déjà conscientes de ces déséquilibres.

En quoi consiste ce projet ?

Le projet vise à maintenir les filles à l’école. Car au Tchad, à partir de 6ans, c’est la moitié des filles seulement qui est scolarisée, et à 12 seulement 1/3 ! Il est donc essentiel d’enrayer ce problème car l’avenir du pays est porté par tous ses enfants : garçons et filles. Mais pour changer des pratiques aussi ancrées, il ne s’agit pas d’amener du matériel dans les écoles, il faut se concentrer sur les changements profonds à impulser au sein de la communauté, et pour cela, il faut impliquer tout le monde : hommes, femmes, garçons, filles, enseignants, parents d’élèves… Créer un espace d’échanges et de discussion pour que la communauté, ensemble, décide des changements à opérer pour que les filles restent scolarisées plus longtemps et dans de meilleures conditions ; Id a accompagné ce travail effectué avec les directions d’écoles, les inspecteurs et animateurs pédagogiques, les professeurs, les parents d’élèves et les enfants eux même !

Depuis le début du projet, quelles évolutions avez-vous vues ?

Il y en a eu beaucoup ! Tout d’abord, il faut noter le dynamisme et l’engagement des inspecteurs , des formateurs et des animateurs de l’inspection pédagogique. Ils ont pris ce projet à bras le corps et l’ont vraiment fait vivre auprès des directeurs et des enseignant/es.

Chez les enseignants, il y a eu des changements très concrets ! Concernant les tâches de gestion de la classe : nettoyage du tableau, de la cour, puiser de l’eau, tout cela était habituellement confié aux filles, ont progressivement été confiées également aux garçons.

Maintenant, les professeurs veillent à mieux répartir les tâches, quand les garçons se moquent des filles, ils n’hésitent plus à les réprimander. Les professeurs sont plus attentifs aux discriminations.

C’est un réel changement dans lequel tout le monde s’investit !

Qu’est ce qui vous a le plus interpellé comme évolutions positives ?

Ce qui m’a vraiment marquée, c’est le rôle que les mamans ont pris au fur et à mesure du projet ! Elles ont commencé par simplement prendre la parole lors des réunions mêlant hommes et femmes, et cela c’est assez inhabituel au Tchad. Elles ont pris confiance en elles et en leurs rôles à jouer dans le changement. Elles se sont mobilisées pour mener des campagnes de porte à porte pour inciter les gens à scolariser leurs filles, grâce à la vente de leur production agricole, elles ont pu acheter des cahiers, des crayons pour les écoles, c’est un gros investissement et une vraie preuve d’engagement dans le projet !

On a vu des changements de mentalité apparaître, chez les femmes et chez les hommes, adultes et enfants. Les choses bougent, l’implication, l’envie de donner plus de chances aux filles !

Selon vous qu’est ce qui a permis cette implication ?

Ces femmes avaient déjà conscience des inégalités et elles avaient envie que les choses changent. Permettre le rassemblement autour de ce même projet de scolarisation des filles, leur a permis de se rendre compte qu’elles pouvaient s’exprimer, et ensemble construire leur action pour les filles ! Le travail fait par l’UFEP

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