| Haïti
: Développement de la production
de mangues franciques dans le Bas Nord Ouest
Implantation géographique :
Le projet intervient dans le département du Nord Ouest, département
rural où la pauvreté est accentuée par des
aléas climatiques importants (la sécheresse qui a
touché la zone en 2002 a entraîné la perte de
la quasi-totalité des récoltes) et par son enclavement.
Des progrès ont certes été accomplis dans ce
domaine avec l’achèvement de la réfection de
la piste vers Port de Paix, préfecture du Nord Ouest, mais
il reste beaucoup à faire.
Le programme propose d’intervenir principalement dans 6 zones
situées dans la commune de Jean Rabel, dans le bas Nord Ouest
d’Haïti. Ces localités sont : Kadémée,
La Réserve, Grande Source, Barbe Pagnol, Vieille Terre et
Guinaudée.
Contexte du programme
:
Le pays importe actuellement près de 50 % de ses biens
de consommation. Les cultures d’exportation, le café
et le cacao généralement cultivées sur les
pentes, ne représentent plus une part importante des recettes
publiques alors qu’elles constituaient près de 50 %
de ces recettes au début du siècle passé.
Haïti présente un relief montagneux, les montagnes
(mornes) représentent 85 % de la superficie du pays et les
plaines irriguées seulement 5 % des terres exploitées.
Dans ces conditions, on peut comprendre que l’agriculture
vivrière ait été pratiquée essentiellement
sur des pentes escarpées et que, en absence d’itinéraires
techniques de conservation, ces pentes soient en grande partie aujourd’hui
érodées par l’érosion due aux fortes
pluies des tropiques. Simultanément, l’appauvrissement
de la grande masse des paysans, lié d’une part à
la baisse de la fertilité des terres de pentes, et d’autres
part au fort taux de croissance de la population, va accélérer
le déboisement des terres d’où le paysage totalement
dénudé qu’offre la grande majorité des
montagnes en Haïti.
Cependant il subsiste une agriculture fruitière de piedmont,
manguiers, avocatiers, et autres fruits, qui a le double avantage
de constituer une source de revenus non négligeable, et de
l’autre de garantir une bonne protection à la terre.
L’agriculture haïtienne est pratiquée dans environ
600.000 petites exploitations d’une superficie moyenne de
1,8 ha. Un récent rapport du gouvernement haïtien souligne
que : « 80% de ces exploitations ne peuvent répondre
aux besoins alimentaires de leurs familles ». Le pays présente
cependant certains atouts comme « la position géographique
relativement privilégiée par rapport aux Etats-Unis,
un tissu agro industriel rural très bien réparti sur
le territoire et des possibilités extraordinaires de gains
de productivité aussi bien en agriculture qu’en agro
industrie… ».
Ce projet se situe dans la droite ligne de la volonté exprimée
par le gouvernement haïtien d’appuyer la production paysanne
locale en développant la production d’une activité
rentable exportée à l’étranger. Elle
génère pour le pays des rentrées annuelles
de devise estimées à 20 millions d’euros.
| premiers essais de commercialisation
: collecte et stockage des mangues |
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La mangue, une filière porteuse en Haïti
:
Une étude récente (octobre 2004) réalisée
par IRAM – VSF – CICDA a démontré que
non seulement le marché local était en pleine expansion
entraînant les prix à la hausse mais que le marché
à l’export et notamment le marché américain
continuerait à croître au cours des prochaines années.
Cette étude conclue qu’il existe un marché potentiel
pour la mangue francique, probablement insatisfait. Elle rapporte
ainsi que selon certains exportateurs et l’ANEM (Association
Nationale des Exportateurs de Mangue), les exportations haïtiennes
qui avoisinent les 2 millions de caisses par an pourraient facilement
doubler sans contraintes de marché, si la production de mangues
de qualité ‘export’ était suffisante.
Les auteurs de l’étude pensent, par ailleurs, que
si depuis 6 ans les exportations tendent à stagner, cela
est lié probablement au peu d’efforts réalisés
à date pour capter davantage de mangue francique de qualité
pour l’exportation et la croissance de la demande intérieure.
Ces informations confirment donc l’existence
d’un marché potentiel, aussi bien à l’export
qu’en Haïti.
L’étude met en avant aussi l’émergence
des groupements de producteurs tels FEM’SOLID, qui s’ils
restent encore fragiles, permettent une meilleure répartition
de la valeur ajoutée de la filière au profit des exportateurs
et des producteurs.
C’est d’ailleurs, selon ces mêmes auteurs, l’existence
et l’implication dans la filière de groupements de
producteurs suffisamment structurés et solides pour négocier
et respecter des contrats équitables avec les exportateurs,
qui permettra à l’ensemble de la filière de
réussir la politique de promotion de la qualité, et
par la résister à la concurrence.
Une production fruitière peu valorisée
:
Dans le domaine de la production arboricole fruitière
et de la mangue notamment, les focus groupes réalisés
auprès de producteurs du Nord Ouest nous ont permis de confirmer
que cette production fruitière n’était que peu
voire pas du tout valorisée.
Plusieurs raisons peuvent expliquer cet état de fait :
- Les variétés locales les plus courantes ne présentent
que peu d’attrait gustatif, elles ne peuvent donc pas être
vendues hors de la zone. Ainsi, les mangues connues sous le nom
de mangue ‘fil’, ‘gwo po’, ‘ti chalè’,
noms qui évoquent tous les désagréments que
peuvent avoir ces variétés, sont bradées lors
de la pleine saison ou pourrissent sur place. Les producteurs de
Guinaudée, zone de moyenne altitude, nous ont ainsi appris
que, sans la présence des zones de plaine plus sèches
dont les marchandes, au moment des pics de production, viennent
acheter les mangues locales, ils auraient depuis longtemps coupés
les manguiers ‘fil’ ou ‘gwo po’ pour en
faire des planches ou du charbon de bois.
- Les mangues les plus recherchées par les consommateurs,
notamment la mangue francique, produites en faible quantité
dans le bas Nord Ouest sont importées des autres zones productrices
d’Haïti et donc déprécient encore plus
les productions locales.
- Les producteurs locaux ne maîtrisent pas les techniques
d’entretien et surtout de collecte qui leur permettraient
de mieux valoriser certaines variétés de mangue, notamment
la mangue abricot, connue et appréciée. Ainsi à
Ennery, dans l’Artibonite, zone de production importante de
mangue francique, les consommateurs qui recherchent une mangue abricot,
demandent la mangue ‘Jean Rabel’. Pour récolter
les fruits, que ce soient les mangues, les corossols, les avocats,
les producteurs secouent les arbres ou frappent avec une gaule les
fruits encore verts, qui tombés à terre ne se conserveront
que quelques jours ou bien pourriront.
- Les voies de communication sont aussi des obstacles à une
bonne valorisation des productions. La Réserve, une des zones
à plus fort peuplement en manguiers franciques et à
plus fort potentiel, peut être coupée des marchés
de Jean Rabel ou de Lacoma en cas de pluie.
Historique du programme :
Le programme a démarré début huillet 2005 avec
le recrutement de son responsable, Patrick Joseph. Ce projet est
une prolongation directe du Programme
d'Appui aux Organisations de Bases démarré en
janvier 1999.
Type de programme et objectifs :
L’objectif auquel doit participer le projet est d’améliorer
les revenus des producteurs de mangues du bas Nord Ouest.
L’objectif spécifique est que les producteurs de la
commune de Jean Rabel mettent en place les conditions pour mieux
vendre leur production de mangues.
Les objectifs visés par le programme sont les suivants :
1/ Développer les peuplements de manguiers franciques principalement
dans 6 zones de moyenne altitude identifiés par le programme,
grâce à la présence de manguiers franciques
ou tout venants, comme pouvant devenir des zones de forte production.
Cette activité reposera essentiellement sur la création
de pépinières et la transplantation de plantules mais
aussi sur le greffage permettant de transformer les manguiers de
variétés peu commercialisés en manguiers franciques
ainsi que sur l’entretien des manguiers franciques déjà
présents sur la zone. Le greffage de variétés
peu prisées permettra d’offrir une alternative à
leur abattage et ainsi contribuera à la protection de l’environnement.
Les focus groupe effectués ont montré que les producteurs
étaient déjà motivés pour cette production
et certains ont spontanément planté des noyaux ou
achetés des plantules.
2/ Créer des pratiques d’entretien et de collecte dans
la zone afin, d’une part, de permettre aux producteurs de
la zone de mieux valoriser les productions fruitières actuelles,
(mangues commercialisables, corossols ou bien avocats) et d’autre
part de les préparer à exploiter de façon optimale
les productions à venir en réduisant notamment les
pourcentages de rejet.
3/ Renforcer l’organisation des producteurs afin de vulgariser
les techniques développées par le programme et de
renforcer leur capacité à terme à se positionner
vis-à-vis des autres acteurs de la filière, notamment
dans le cadre de la commercialisation. L’amélioration
de la maîtrise de l’aval de la filière pourra
leur permettre de mieux valoriser certaines productions actuelles,
notamment celles de la mangue abricot. Le programme vise ainsi à
jeter les bases d’une bonne commercialisation.

Distribution de plantules, formation des producteurs à la
transplantation et au greffage
Public concerné :
Les bénéficiaires directs du projet sont :
- les Organisations de Base existantes ou créées par
les groupes de producteurs de mangues identifiés. Certaines
de ces Organisations qui travaillent avec le programme de micro
crédit rural sont membres de la Fédération
des Organisations du Bas Nord Ouest (FOBNO). Ce réseau devrait
être renforcé par les Organisations identifiées
dans le cadre de ce programme et devrait devenir la structure responsable
notamment de la commercialisation des productions. Si les associations
de producteurs le décidaient, une autre Fédération
pourrait toutefois être créée.
Le projet a déjà identifié 5 Organisations
de Base qui sont intéressées au développement
de la production. Actuellement elles regroupent plus de 800 membres,
tous ne sont pas des producteurs de mangues, mais ces chiffres témoignent
de leur bonne assise communautaire.
Les autres Organisations seront recensées par le programme
dans les zones retenues puis appuyées et structurées.
Là où il n’y aurait pas d’associations,
le programme sollicitera leur création à partir des
petits groupes existants.
- 1.500 personnes auront la possibilité de développer
une production de mangues franciques grâce à la distribution
de plantules, au sur-greffage, à l’entretien et à
la diffusion de techniques de collecte appropriées.
- 550 personnes seront formées dans les techniques de pépinières,
greffage, d’entretien et de collecte.
- Les foyers de ces 2 050 personnes, soit environ 12 000 personnes.
L'équipe :
1 Responsable de Programme haïtien ingénieur
agronome
2 techniciens agricoles en moyenne agriculture
Six superviseurs (techniciens agricoles) : un pour chaque
zone de production
Huit pépiniéristes et seize ouvriers permanents
pour l’ensemble des pépinières et des
ouvriers temporaires
Vingt quatre moniteurs/formateurs en greffage, entretien et
collecte : 4 par zone
Financement du programme :
- Ministère des Affaires Etrangères
- Fonds d’Appui Economique et Social (FAES) |

Monitrice émondant un manguier
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Partenaires locaux et à l'étranger
:
Les partenaires directs :
- une dizaine d’Organisations de Base, regroupant des producteurs
de mangues, les producteurs de mangues
- FOBNO (Fédération des Organisations du Bas Nord
Ouest), la Fédération au sein de laquelle certaines
Organisations sont déjà rassemblées et qui
pourraient accueillir les autres associations de producteurs
Les partenaires techniques :
- PRODEVA, ONG haïtienne qui dispose d’une expérience
de plusieurs années dans la conduite et le développement
de telles activités à grande échelle sur plusieurs
communes du département de l’Artibonite,
- FEM’SOLID – coopérative agricole d’Ennery
sur les aspects de commercialisation,
- ORE (Organisation pour la Réhabilitation de l’Environnement)
qui travaille à Camps Perrin dans le Département du
Sud et développe en partenariat avec le CICDA un programme
mangue et a acquis une grande expérience dans le développement
et la gestion de pépinières,
- Agro Action Allemande pour la réhabilitation et l’entretien
des pistes rurales.
Les partenaires institutionnels :
- La Direction Départementale de l’Agriculture du Nord
Ouest, qui sera informée du déroulement du programme
et consultée à certaines étapes du programme
- Le SCAC de Port au prince, à travers l’assistant
technique responsable du projet rural
Activités, actions en cours :
Le programme a démarré au mois de juillet 2005. Au
cours de cette première année d'activités,
le programme a pu avancer sur les différents résultats,
en se concentrant sur l’aspect production qui était
prioritaire dans la mesure où le développement d’un
verger de franciques productifs sur les localités sélectionnées
de la commune de Jean Rabel demandera au minimum trois années.
Le programme a mis en place et organisé toute la logistique
nécessaire au développement de plantules de manguiers
dans la zone. Cette activité a été conduite
avec des producteurs choisis par les organisations partenaires selon
les critères fixés par le programme qui les a aussi
formés.
Aujourd’hui 8 pépinières sont
donc fonctionnelles dans les 6 zones identifiées comme propices
au développement d’un verger exploitable économiquement.
En année 1, elles ont produit une totalité de 34.077
plantules dont 24.439 ont déjà été
distribuées aux producteurs de la zone, bénéficiaires
du programme. Les autres plants seront distribués prochainement
à la faveur de la prochaine saison des pluies.
Au 20 juin 2006, le programme estime à 18.000 les plantules
qui ont survécu à des périodes de sécheresse
printanières et à leurs conséquences directs,
un vagabondage accru des caprins et ovins.
Sur la base de ces résultats, le verger issu des pépinières
devrait atteindre 120.000 arbres à l’issue
des trois années, soit une population supérieure
à celle actuellement exploitable à Gros Morne (principale
zone de production des mangues franciques).
Le programme a aussi dès cette première année
de fonctionnement formé près de 180 producteurs
de la zone pour introduire les nouvelles techniques de production
de la mangue francique : ces formations ont porté sur le
greffage, l’entretien et la collecte. Le greffage et surtout
le sur-greffage ont, au cours de ces douze premiers mois, constitué
l’activité la plus importante dans le cadre de la stratégie
de développement d’un verger suffisamment vaste pour
faire de la zone de Jean Rabel une des zones importantes de production
de mangues franciques en Haïti.
Ainsi 4.588 tout venants ont été greffés
avec réussite sur un total de 7.457, soit un taux
de réussite de 62%, acceptable pour une première année
d’apprentissage de la technique du greffage.
Ce résultat supérieur à nos attentes devrait
permettre de sur greffer entre 10.000 à 15.000 arbres sur
la zone avant la fin 2008 et surtout devrait permettre des productions
de fruits beaucoup plus rapidement : il faut compter au minimum
5 ans pour des plantules ; pour des tout venants sur greffés
le délai est de trois ans.
Le résultat le plus significatif et le plus important pour
la poursuite des activités et la stratégie du programme
est la mobilisation et l’enthousiasme que l’équipe
locale a pu déceler auprès des productrices et producteurs
des localités de Guinaudée, Barbe Pagnol, Kadémée,
Bassin Bleu, La Réserve et Djon-Djon.
L’ensemble des activités conduites cette année
a permis de toucher 2.450 producteurs dont 35% de femmes, soit 858.
Sur cette dynamique, les producteurs, appuyés par le programme
et un consultant ont fondé 6 coopératives.
Elles n’en sont qu’à leur balbutiement, elles
doivent encore se structurer, accueillir de nouveaux membres mais
elles sont à la base des activités de commercialisation
qui décideront de la réussite du programme. Les formations
des personnes qui devront, à partir de l’année
2, commencer à s’investir dans les aspects de commercialisation,
ont débuté au cours du deuxième trimestre 2006.
Destinées aux membres des ‘Comités d’Initiative’
constitués au sein de chaque coopérative, elles ont
porté sur la gestion et les outils comptables, la collecte
et le pré traitement des mangues, premières étapes
d’une commercialisation réussie, et sur des échanges
avec FE’M SOLID.
Le programme a aussi travaillé avec d’autres producteurs
ou bien partenaires de ces producteurs, et notamment VSF-CICDA,
au renforcement de la filière mangue en Haïti.
Contacts :
Responsable de Programme : Patrick
Joseph
Tel (+509) 268 59 80
courriel : p.joseph@id-ong.org
Responsable de pôle
développement rural : Caroline Vignon
Tel : (+33) (0)5 49 60 89 66
Courriel : c.vignon@id-ong.org
Chef de Secteur Haïti : Nicolas
Moreau
Tel : (+509) 680 68 14
Courriel :
n.moreau@id-ong.org
Page actualisée le 19/11/06
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